socials Twitter SDL Facebook SDL Vimeo SDL

II. Le Royaume Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord Eclatés

Article de M. Roland Walter - ancien Professeur associé à Dauphine, intervenant à l'ESSEC

 Un jour ou l’autre les empires disparaissent, usure, lassitude, apparition de nouveaux modes de vie, de nouvelles techniques...

 

 

... les exemples sont nombreux depuis l’antiquité, Babylone, Rome, Tamerlan...mais  leur constitution résulte de la conquête par les armes et la fusion de peuples différents n’est pas toujours évidente.

Le Royaume Uni aura-t-il un sort semblable ? C’est un exemple intéressant car celui-ci s’est construit peu à peu sans annexion violente. La principauté de Galles est  annexée et intégrée au royaume d’Angleterre en 1536, pendant longtemps les royaumes d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande sont indépendants, jusqu’à l’Acte d’Union en 1707 pour l’Ecosse et en 1800 pour le royaume d’Irlande. Cet ensemble a vécu uni avec quelques difficultés jusqu’au drame de l’Irlande. A noter que ces deux pays parlent l’anglais (même si des langues locales comme l’Irlandais a toujours droit de cité), style de vie et culture commune, en outre les réseaux industriels et commerciaux se sont développés sur toutes les parties du territoire.

L’entrée de la Grande Bretagne et de l’Irlande dans le Marché Commun en 1973 développera les relations économiques  avec l’UE, conduisant à un effacement des barrières douanières, facilité ensuite par l’accord politique de 1998. Et pourtant derrière une unité apparente les fissures se développaient. Deux pays vont faire éclore le drame, en particulier l’Irlande, dans une moindre mesure l’Ecosse.

Dès 1880 un certain nombre d’Irlandais réclament un « Home Rule » par rapport à l’Angleterre lequel fut accordé en 1912, c’était insuffisant pour certains qui réclamaient l’indépendance. Après une lutte armée très dure, l’État libre d’Irlande fut proclamé en 1922, moins 9 comtés qui resteront attachés à l’Angleterre, constituant l’Irlande du Nord avec son propre parlement. Mais le conflit larvé en Irlande du Nord entre catholiques et protestants a continué jusqu’au vendredi saint de 1998 ou un accord politique est intervenu mettant fin aux combats. Pour les deux populations l’accord politique confirme la réalité économique : absence de frontière et libre circulation des marchandises et des personnes.

Si aucun accord n’est trouvé entre Londres et Bruxelles, l’Irlande reste membre de l’UE, l’Irlande du Nord restant lié avec la Grande Bretagne. Verre-t-on à nouveau des barrières douanières entre le Nord et le Sud ? la solution proposée par Bruxelles dite du « back stop » ou  « filet de sécurité »ayant été refusée par le Parlement de Londres ! Pourtant cette clause, qui avait pour but de laisser la frontière ouverte aux biens et aux personnes, jusqu’au moment ou un accord entre Londres et l’UE serait trouvé, mais avec une date butoir au 31 décembre 2020. Certains opposants craignaient que ce régime transitoire conduise à une fusion des deux entités irlandaises...

Le Brexit risque de remettre en cause l'accord de 1998. En cas de « no deal » on retrouvera les barrières douanières entre l’Irlande du Nord et du sud, modifiant les circuits commerciaux, certains affirmant que les hostilités pourraient reprendre entre les deux territoires. Après le vote du mercredi 13 mars, le Parlement a décidé qu'il voulait un  accord, mais lequel ?