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Entretien avec Asher Edelman

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M. Asher Edelman répond aux questions de Christian Martin, président de la Société des lecteurs. M. Edelman, qui fut un des traders les plus importants de Wall Street et dont le personnage de Gordon Gekko dans le film "Wall Street" s'inspire largement, est aujourd'hui un très célèbre marchand d'art de New York.

Pour nous il analyse la crise économique et financière et expose sa vision du marché de l'art.

 

Vous avez été un trader activiste qui a inspiré le personnage de Gordon Gekko dans le film « Wall Street ». Aujourd’hui vous êtes devenu un très important marchant d’art à New York et vous soutenez le mouvement « Occupy Wall Street ». Quel est le sens de cet engagement ?

On a voulu me faire porter ce rôle de façon trop excessive, je n’ai jamais été un trader avide et indifférent à l’intérêt collectif, bien au contraire. Gordon Gekko est avant tout un personnage de fiction inspiré des excès de la finance et une synthèse de plusieurs personnalités.
 

23 ans après la chute de mur de Berlin et la fin du communisme, sommes-nous avec la crise financière actuelle dans une phase de rupture du capitalisme ?

Le mouvement « Occupy Wall Street » participera aux changements politiques et économiques des USA. Il aidera à remodeler la pensée libérale.
 

Le mouvement « Occupy Wall Street », est la prolongation des manifestations pacifiques spontanées qui ont eu lieu d’abord en Espagne, puis dans de nombreux pays européens et même en Israël, et qui ont rassemblées plusieurs dizaines de milliers de personnes. Or vous les désignez comme « Save Wall Street ». Comment, selon vous, ce mouvement peut-il contribuer à sortir de cette crise ?

L’Europe ne laissera pas l’Allemagne dominer et étouffer la stimulation fiscale. Les Américains ne laisseront pas les idées absurdes du Tea Party continuer à détruire l’économie. Ces mouvements populaires seront une des forces politiques mises en œuvre afin qu’à l’avenir, une économie constructive soit mise en place.
 

Dès avril 2010, vous aviez dit que le premier plan de sauvetage de la Grèce de 30 milliards d’euros ne serait pas suffisant. Quelle chance donnez-vous à l’Europe de sortir de cette crise ? L’euro, en tant que monnaie, y survivra-t-elle ?

L’Europe ne peut sortir rapidement de cette crise que par un processus de « défauts » sélectifs, et le retour des pays défaillants à leur monnaie nationale. Sinon, l’Europe continuera à boiter indéfiniment.
 

De nombreux pays européens sont également confrontés à une crise structurelle, due à un manque de compétitivité de leurs économies. Quelles politiques doivent-ils mener pour rétablir cette compétitivité ?

La seule façon sensée d'améliorer la compétitivité sera de revenir à des monnaies locales (nationales).
 

Pour les États-Unis vous préconisez une augmentation des impôts. Cela ne risque-t-il pas de relancer l’inflation et de nuire, en conséquence, aux classes moyennes ?

Augmenter les impôts n’a aucun effet sur l’inflation. Augmenter les impôts des personnes riches ne peut être que bénéfique. Près de la moitié du déficit actuel des USA pourrait être comblé en revenant au régime fiscal pré G.W. Bush, avant les réductions massives d’impôts.

Les deux plans d’assouplissement quantitatif (QE1 et QE2) causant le gonflement du bilan de la Fed, sans stimulation fiscale, sont hautement inflationnistes, pas les augmentations d'impôts. 
 

Peut-on stopper ou finalement inverser le transfert de richesses des classes moyennes vers les riches ?

Je crois en la possibilité d’une égalité des chances. Le mouvement « Occupy Wall Street », les syndicats et la population en détresse vont obliger les politiques à travailler en ce sens. Les votes vont avoir leur importance dans les années à venir. Alors que depuis l’ère Reagan jusqu’à maintenant, c'est l'argent qui a décidé des élections.
 

De toutes ces crises, voyez-vous finalement une sortie heureuse ?

Le monde sortira de cette crise quand nous nous occuperons de ceux qui dépensent de l’argent- des moins fortunés à la classe moyenne. Nous prenons leur argent pour le transférer aux banques et autres institutions financières. Cela doit s’arrêter et s’arrêter maintenant si nous voulons voir le monde sortir de cette crise de notre vivant.
 

Vous possédez aujourd’hui une des plus grande galerie d’art de New York et vous avez créé une entreprise dédiée aux financements de l’art  avec « Art Assure Ltd ». En quoi l’art est-il devenu un investissement comme un autre, et plus intéressant que d’autres actifs financiers ?

L’art est, et a toujours été, un placement dont le rendement a dépassé celui d’autres actifs en temps de guerre, de dépression, d’inflation, de prospérité…Bien qu’il soit affecté par la baisse des cours de la même manière que tous les autres placements, il résiste mieux. D’ailleurs les cours de l’art remontent plus haut et plus vite que ceux des autres valeurs.